Bibliographie

Quelques livres qui m'ont interpellé...

Nous les dieux - Bernard Werber

Ah, après une centaine de pages je ne pensais vraiment pas citer ce bouquin. Mais cet extrait mérite largement...

60. Encyclopédie : loi de Peter

"Dans une hiérarchie, chaque employé tend à s'élever jusqu'à son niveau d'incompétence." Cette loi fut énoncée pour la première fois par Laurence J. Peter en 1969. [...] L'observation de Peter était la suivante: dans une organisation quelconque, si quelqu'un fait bien son travail, on lui confie une tâche plus complexe. S'il s'en acquitte correctement, on lui accorde une nouvelle promotion. Et ainsi de suite jusqu'au jour où il décrochera un poste au-dessus de ses capacités. Où il restera indéfiniment. [...]


Edmond Wells
Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, Tome V.

Je passe les corollaires de cette loi, que chacun imaginera... Un extrait qui n'a rien à voir avec le fond du bouquin, mais qui laisse apercevoir à quel point il peut passionner chacun, surtout lorsqu'il s'insère dans la formation des élèves-dieux !

Millenium - Stieg Larson

Le best-seller de l'été 2008 se laisse dévorer. Il est arrivé à un moment où je ne lisais plus, et m'a redonné le goût à la lecture autant qu'il m'a montré comment on écrit un vrai bon bouquin plein d'aventures, de rebonds, ...

Les orphelins du mal (Nicolas d'Estienne d'Orves)

L'extrait qui va suivre est long. Après avoir lu ça, je pense que le plus noir que je saurai écrire sera toujours coloré...

Au même instant, caressant la tête du bébé, blotti contre son uniforme, Himmler se retourne vers sa fille.
- Mausi ! dit-il d'un ton sec.
La fillette tremble de plus belle mais se force à ne pas ouvrir les yeux.
-
Mausi, bitte ! répète son père d'une voix blanche et étrangement bureaucratique.
La petite fait "non" de la tête, de droite à gauche. Alors, d'un mouvement du menton, Himmler fait signe à Dagmar [son autre fille, NDLR] de la lui amener. Dagmar ne réfléchit même pas, et obtempère.
Glaciale, la paume de Mausi vibre sous sa main. Dagmar sent ce si jeune pouls battre contre ses doigts. Mais la fillette se laisse faire.
Dagmar la tire puis la pousse devant elle.
Mausi n'ouvre les yeux que lorsqu'elle est immobile, recroquevillée face à son père.
Mais Himmler a perdu toute sévérité. Il caresse Mausi du revers de la main et lui montre le bébé.
- Tu as vu comme il est beau ?
Sa fille renifle, comme après un gros chagrin, et s'efforce de retrouver un air adulte.
- Oui, papa..., dit-elle dans un dernier hoquet.
Le
Reichsführer semble enchanté. Un instant, il contemple sa fille avec tendresse, puis il se tourne vers les soldats et fait un nouveau signe de tête. Alors trois SS saisissent la mère et la traînent jusqu'aux pieds de leur chef. Cachée derrière ses avant-bras, elle ressemble à un vieux sac de toile.
Mausi reperd aussitôt ses couleurs.
Himmler tend la main vers un des soldats qui, sans sourciller, y dépose un revolver.
Dagmar sursaute.
Mais le
Reichsführer est calme. Parfaitement serein.
Sans lâcher le bébé, il pose le revolver dans la main de sa fille. Mausi recule et le laisse tomber au sol.
- Papa, je t'en supplie..., hurle-t-elle en se redressant, sans pour autant s'enfuir.
- Ma chérie, c'est toi qui dois le faire, rétorque le
Reichsführer, d'un ton affectueux mais ferme.
Les yeux de Mausi vont du revolver à la Polonaise, incapable de se figurer la scène.
Alors Himmler se tourne vers Dagmar sans avoir à s'expliquer.
Aussitôt elle se baisse pour ramasser le Mauser et, délicatement, prend Mausi contre elle.
Toutes deux s'agenouillent au-dessus de la paysanne, dont le regard croise celui de Dagmar : elle a compris.
"Faites vite", implorent ses iris noirs.
Dagmar met le revolver dans la main de la fillette, qui se laisse faire. Elle est glacée. Lovée contre son dos, l'aînée guide l'arme sans lâcher le bras de la cadette.
-
Gut, gut..., susurre Himmler, posant une main amicale sur l'épaule de Dagmar.
Tout s'enchaîne alors avec logique, comme une chorégraphie.
Dans les bras du
Reichsführer, le bébé respire avec douceur.
Le doigt de Dagmar presse celui de Mausi.
La détonation résonne dans la cour.
Les deux jeunes filles sont projetées en arrière ; tandis que la victime s'effondre sur la terre battue.

La prophétie des Andes (James Redfield)

Une histoire maigrelette, un style à la limite de l'indigence, mais quand on le ferme on cherche des réponses aux nombreuses questions que l'auteur nous a indirectement posées.

Eh bien, [...], ces coïncidences se produisent de plus en plus fréquemment et, lorsqu'elles surviennent, elles semblent représenter beaucoup plus que de la chance pure. Elles semblent prédestinées, comme si notre vie était guidée par une force inconnue.

Fred Vargas

Les policiers de Fred Vargas sont des délices de situations délirantes animées par des personnages hors normes, avec des descriptions savoureuses et parfois profondes. Une citation de son dernier, Dans les bois éternels :

Le fleuve de Paris, si puant soit-il certains jours, était son refuge flottant, le lieu où il pouvait le mieux laisser filer ses pensées. Il les libérait comme on lâche un  vol d'oiseaux, et elles s'éparpillaient dans le ciel, jouaient en se laissant soulever par le vent, inconscientes et écervelées. Si paradoxal que cela paraisse, produire des pensées écervelées était l'activité prioritaire d'Adamsberg. [...] Dans cette échappée, il y avait toujours une pensée plus coriace que les autres [...] Une sorte de pensée-chef, de pensée-flic, qui s'évertuait à surveiller les autres, les empêchant de passer les bornes du réel.

Tonino Benacquista

Non moins savoureux dans le comique de situation philosophique, Saga fait pouffer de rire à chaque page.

Pour combler des silences, je vais me sentir obligé d'écouter ses anecdotes de bureau. Et je ne lui connais qu'un seul défaut : elle n'a pas le moindre talent de conteuse. Elle sait rendre monotone une engueulade avec une collègue. Elle évoque une foule d'inconnus dont je suis censé tout connaître, elle mélange le passé immédiat et le futur proche. Elle tente allégrement des ellipses impossibles, elle commence par l'analyse au lieu de la synthèse, elle met les points forts là où ne gît que quotidien, et si il lui arrive de passer tout près du sublime, c'est faute de l'avoir vu.

L'essaim (Frank Schätzing)

Ce livre nous fait prendre conscience de la petitesse de l'humain dans un roman de plus de 1000 pages, dont les 600 premières ne font que présenter les protagonistes... Un seul conseil : ça vaut le coup de s'accrocher. Une touche d'environnemental, une touche de développement durable, une touche de politique, un peu d'économie, une histoire qui se renforce jusqu'à la fin, je l'ai dévoré.

En quelques minutes, tout au plus, l'écume atteignit les faubourgs de Stavanger. Plus la surface de répartition du flux augmentait, plus les turbulences s'apaisèrent. La vitesse diminua. Le déluge mortel continua son oeuvre dans les rues, mais quelques maisons résistèrent au choc. Ceux qui se croyaient en sécurité s'étaient réjouis trop tôt. Car l'arrivée du tsunami de marquait pas le pic de l'horreur, ni l'apogée de la terreur. C'était presque pire lorsqu'il s'en allait.